Chapter 3

Premiers pas dans le mystère

La quête commence dans le bureau de son père. Théo fouille parmi les livres et les papiers, cherchant le moindre indice. Des notes énigmatiques apparaissent, suggérant une vie plus complexe et secrète que ce qu'il imaginait.

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Le bureau de son père. L'atmosphère y était toujours empreinte d'une odeur de papier vieilli, d'encre séchée et de cette subtile fragrance de tabac froid qui s'accrochait aux meubles de bois sombre. Pour Théo, chaque objet, chaque livre aligné sur les étagères imposantes, semblait encore murmurer la présence de Kim Dong-hyun. Mais aujourd'hui, ce murmure n'était plus celui d'une gloire passée, mais le chuchotement d'un mystère. L'héritage inattendu de ce dernier manuscrit avait réveillé en lui une curiosité qu'il croyait éteinte, une étincelle de l'écrivain qu'il avait renoncé à devenir.

Il commença par le bureau lui-même, un meuble massif en acajou, témoin silencieux d'innombrables heures de création. Les tiroirs étaient méticuleusement rangés, presque trop. Son père, malgré son génie littéraire, avait toujours eu un sens aigu de l'ordre, une discipline qui contrastait avec le chaos apparent de son processus créatif, du moins tel que Théo l'imaginait. Le premier tiroir s'ouvrit avec un léger grincement. Des chemises de classement, des factures, des enveloppes timbrées. Rien qui ne sorte de l'ordinaire. Le second, des photographies jaunies, des cartes postales de voyages lointains, des portraits de famille où son père, jeune et souriant, tenait un bébé dans ses bras – lui-même. Un pincement au cœur. Il referma doucement le tiroir, le poids des souvenirs l'écrasant un instant.

Ce fut dans le troisième tiroir, celui qu'il ouvrit en dernier, qu'il sentit un changement. Au milieu de carnets de notes aux reliures usées, il découvrit une petite boîte en bois sculpté, d'une facture inhabituelle. Elle n'avait pas la même patine que le reste du mobilier. Intrigué, Théo la souleva. Elle était étonnamment légère. Il l'ouvrit. À l'intérieur, pas de bijoux, pas de documents précieux. Juste une poignée de petits objets hétéroclites : une plume d'oie dont la pointe était noircie, une petite clé rouillée, une pierre polie d'un gris étrange, et un ruban de soie bleu pâle, défait. Rien qui ne semblât avoir de valeur matérielle, et pourtant, une aura de secret émanait de ces objets.

Il sortit la plume d'oie. Elle était plus fine que celles qu'il avait vues dans le bureau, plus délicate. Il la tourna entre ses doigts, imaginant son père l'utilisant pour griffonner des vers, des dialogues, des descriptions. Puis, son regard tomba sur une pile de feuilles volantes, dissimulées sous une pile de vieux journaux. Ce n'étaient pas des feuilles dactylographiées, ni des brouillons soignés. C'étaient des notes manuscrites, écrites d'une main nerveuse, souvent dans la marge de pages blanches ou au verso de documents anodins. La plupart étaient en coréen, mais certaines phrases étaient en français, langue que son père maîtrisait à la perfection.

Il en choisit une au hasard. "La lune est un œil vide," disait-elle, griffonnée sur le verso d'une invitation à une réception littéraire. "Elle voit tout, mais ne juge rien. C'est sa cruauté la plus douce." Une phrase énigmatique, typique de l'imagination de son père, mais qui résonnait différemment aujourd'hui. Qu'observait-il ainsi ? De quel vide parlait-il ?

Il en prit une autre, plus longue. "Le port est un lieu de transition. Mais certains ne partent jamais vraiment. Ils restent ancrés, des spectres dans la brume, attendant un navire qui ne viendra pas." Cette fois, il y avait un sentiment de mélancolie profonde, presque de désespoir. Le port. Son père n'avait jamais mentionné de lien particulier avec un port. Théo se souvenait de quelques voyages, mais rien qui n'évoquât un port comme lieu central.

Puis, il tomba sur une note écrite en français, d'une encre bleue plus foncée. "Elle m'a donné la clé. La clé de l'oubli, ou celle de la vérité ? Je ne sais plus." La clé. Il pensa à la petite clé rouillée dans la boîte en bois. Une connexion ? Était-ce une métaphore, ou quelque chose de bien plus concret ?

Son cœur battait un peu plus vite. Ces notes n'étaient pas des fragments de ses romans publiés, il les connaissait par cœur. C'étaient des pensées intimes, des ébauches de réflexions qui semblaient esquisser une facette inconnue de son père. Un homme qui observait la lune avec une telle mélancolie, qui méditait sur les spectres des ports, qui parlait de clés ouvrant l'oubli ou la vérité. Ce n'était pas l'écrivain admiré de tous, l'homme public. C'était un homme aux prises avec des questions profondes, peut-être sombres.

Il retourna à la boîte en bois et examina la pierre polie. Elle était lisse, froide au toucher, et d'une couleur gris-bleu subtile, presque comme une pierre de lune mais sans la luminescence. Il la frotta distraitement. En la retournant, il remarqua une minuscule inscription gravée sur sa face inférieure. Il fallut plisser les yeux pour la déchiffrer : un seul caractère, un idéogramme coréen. Il le reconnut immédiatement : "Seul".

Seul. La pierre de la solitude ? Ou un message ? Il reposa la pierre, une sensation nouvelle le parcourant. La curiosité se mêlait désormais à une pointe d'appréhension. Son père, cet homme en apparence si droit, si sûr de lui, cachait-il des profondeurs insoupçonnées ?

Il continua sa fouille, déplaçant des livres, ouvrant d'autres tiroirs. Il trouva des lettres de fans, des critiques littéraires, des manuscrits de nouvelles qu'il avait publiées dans des revues il y a des décennies. Puis, sous une pile de partitions musicales – son père aimait le piano, une autre facette qu'il avait peu connue –, il découvrit un petit carnet noir, d'une taille qui correspondait à celle de sa paume. Sa couverture était usée, mais son aspect était différent des autres carnets. Plus discret, plus personnel.

Il l'ouvrit. Les premières pages étaient remplies de dates et de lieux, inscrits d'une écriture régulière. Des villes coréennes, mais aussi des noms de villes étrangères : Paris, Rome, Kyoto. Il reconnut certains des voyages de son père, mais les dates ne correspondaient pas toujours à ses tournées littéraires officielles. Il y avait une divergence, une discordance subtile qui commençait à tisser une toile d'interrogations.

Puis, les entrées devinrent plus personnelles, moins factuelles. Des observations, des réflexions, des dialogues imaginaires. Et parfois, des noms. Des noms qui ne lui disaient rien. "Hana," lisait-il dans une entrée datée de trois ans auparavant. "Sa présence est un baume. Elle comprend la noirceur sans la juger." Hana. Qui était Hana ? Une amie ? Une amante ?

Une autre entrée, plus récente : "Le projet avance. Le risque est réel, mais la récompense… L'éternité, peut-être. Hana est inquiète. Je la comprends." Projet ? Risque ? Éternité ? Théo sentait le sol se dérober sous ses pieds. Son père était-il impliqué dans quelque chose de… clandestin ? Dangereux ?

Il tourna les pages avec une hâte croissante. Les entrées devenaient plus fragmentaires, les phrases plus courtes, plus urgentes. "Le pacte est scellé. La promesse tenue. Mais le prix…" Les mots semblaient s'étirer, s'effacer parfois, comme si l'encre avait été appliquée avec une main tremblante.

La dernière entrée de ce carnet était datée de peu avant la mort de son père. Elle était écrite dans une langue qu'il ne reconnaissait pas immédiatement. Il la lut à voix haute, le son étranger résonnant dans le silence du bureau. "Kagami no naka no yume." Il fronça les sourcils. "Rêve dans le miroir ?" Une phrase japonaise. Son père n'avait jamais montré d'intérêt particulier pour le Japon, hormis pour quelques visites touristiques.

Son regard se porta sur la petite clé rouillée qu'il avait sortie de la boîte en bois. La clé de l'oubli, ou de la vérité ? Et maintenant, cette phrase japonaise. Était-ce un indice ? Un code ?

Il s'assit sur le fauteuil en cuir de son père, le carnet noir posé sur ses genoux. L'image de son père, l'écrivain respecté, le pilier de la société littéraire, commençait à se fissurer. Derrière le masque de la célébrité, il y avait un homme secret, aux prises avec des projets mystérieux, des rencontres énigmatiques, et peut-être même une forme de danger. L'idée d'un dernier manuscrit, d'une œuvre posthume, prenait une tout autre dimension. Il ne s'agissait peut-être pas seulement d'un testament littéraire, mais d'un message codé, d'un avertissement, ou d'une confession.

Il jeta un coup d'œil aux livres qui l'entouraient. Des classiques de la littérature mondiale, des essais philosophiques, des recueils de poésie. Mais maintenant, il se demandait si tous ces livres n'avaient pas servi qu'à masquer une autre vie, une autre quête. La quête de son père était-elle la sienne maintenant ?

Il se leva, résolu. Il ne pouvait pas s'arrêter là. Il avait besoin de comprendre. Il prit la petite boîte en bois, le carnet noir, et la plume d'oie. Il sentait que ces objets étaient les premières clés d'une porte qu'il n'avait jamais soupçonné exister. La porte vers le dernier manuscrit, et vers la vérité sur l'homme qui l'avait engendré. Il jeta un dernier regard au bureau, puis sortit, refermant doucement la porte derrière lui. Le mystère ne faisait que commencer, et il était déjà en son cœur.

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