Chapter 3

L'Ombre de Taki

Le bonheur familial est brisé. Des assassins, menés par Spartacus, enlèvent Magdala, Chris et Bwèche. Taki, un vieil ennemi, tire les ficelles, orchestrant leur déportation vers l'Amérique.

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Le soleil de Brazzaville, qui avait tant de fois réchauffé le dos de Mondor alors qu'il trimait pour bâtir un avenir, semblait désormais porter une teinte sinistre. Les rires de Chris, le souffle doux de Magdala contre son épaule, la présence rassurante de Bwèche, ces images qui le soutenaient dans ses heures les plus sombres, se transformèrent en cauchemars éveillés. Un froid glacial, plus perçant que les vents du nord, s'insinua dans sa poitrine. La nouvelle parvint comme un coup de poignard : sa famille, le cœur même de son existence, avait disparu.

Les mots du messager, un homme aux yeux fiévreux, résonnèrent dans le silence de son modeste logement. « Ils sont partis, Mondor. Emportés. » Les détails étaient flous, macabres, teintés de violence et de peur. Spartacus, ce nom qu'il n'avait jamais entendu, était à la tête d'une horde sombre. Cratos, Goda, Daga, Bouma, Kala – des noms qui sonnaient comme des grincements de dents, des échos d'une barbarie ancienne. Les assassins avaient frappé avec une précision chirurgicale, ne laissant derrière eux que le vide et une terreur glaciale.

Mais le nom qui glaça le sang de Mondor, le nom qui réveilla des fantômes oubliés, fut celui de Taki. Taki. Cet agent des forces spéciales à la retraite, dont le visage buriné et le regard dur lui rappelaient les heures les plus sombres de la Première Guerre mondiale. Un conflit dont il avait cru avoir tourné la page, une cicatrice qui, il l'apprenait avec horreur, n'avait jamais vraiment guéri. Taki, le stratège dans l'ombre, le maître des manœuvres sournoises. Il était derrière tout ça. La haine, la vengeance, tout ce qui avait pu animer cet homme, s'était concentré sur sa famille.

« L'Amérique… » Le messager secoua la tête, le regard perdu dans le lointain. « Spartacus les emmène en Amérique. » Les États-Unis. L'autre bout du monde. Une distance qui semblait insurmontable, un abîme qui menaçait de tout engloutir.

Mondor sentit la terre trembler sous ses pieds. Ses amis, Bénicia, Messire Absalom, Belbiche, Angela, Simoking, Christian l'artiste, Vasty, accoururent, leurs visages marqués par l'inquiétude. Ils le trouvèrent prostré, l'âme en lambeaux. Les mots qu'il leur adressa étaient peu nombreux, hachés par la douleur. « Ma famille… ils l'ont prise. Taki… il est derrière tout ça. »

Bénicia, toujours la plus pragmatique, posa une main sur son épaule. « Mondor, il faut rester calme. Nous allons trouver une solution. »

Messire Absalom, dont la sagesse semblait se refléter dans son regard profond, ajouta : « Taki est un homme dangereux, mais il n'est pas invincible. Il a ses faiblesses. »

Mais Mondor ne pouvait pas attendre. La pensée de Magdala, de Chris, de Bwèche livrés aux mains de ces monstres, le consumait. Chaque seconde d'inaction était une torture supplémentaire. Il devait agir. Il devait les retrouver.

Il se tourna vers ses amis, ses yeux embrasés d'une détermination farouche. « Je pars. Je vais les chercher. Je ne laisserai pas Taki gagner. »

Christian l'artiste, d'ordinaire si léger, prit une expression grave. « Mondor, tu es seul contre une armée. Ce n'est pas une décision à prendre à la légère. »

« J'ai combattu au Gabon, j'ai travaillé au Congo. J'ai affronté des épreuves. Celle-ci, je l'affronterai aussi. Pour ma famille. »

Sa décision était prise. Il rassembla le peu d'argent qu'il avait, ses quelques affaires, et le regard de ses amis le suivit avec un mélange d'admiration et d'appréhension. Il savait que la route serait longue, périlleuse. Mais l'image de ses proches, sa famille, était le seul phare qui éclairait son chemin dans l'obscurité qui venait de l'engloutir.

Les jours suivants furent un tourbillon de préparatifs fébriles. Mondor avait besoin de moyens, de ressources, et surtout, de quelqu'un qui comprenne la complexité de la mission qui l'attendait. Il repensa aux paroles d'une vieille légende, à une femme dont la force et la stratégie dépassaient l'entendement. Sa mère, Henri, et par extension, sa grand-mère, Simone. Une ancienne de l'armée de terre, dont les récits de guerre et de survie avaient bercé son enfance. Elle avait le sang des guerriers, l'intelligence tactique des stratèges.

Il envoya un message urgent à sa mère, lui expliquant la situation, le nom de Taki, l'enlèvement de sa famille. La réponse ne se fit pas attendre. Henri arriva, le visage marqué par l'inquiétude, mais aussi par une résolution de fer. Et avec elle, Simone. Une femme voûtée par l'âge, mais dont les yeux brillaient d'une vivacité étonnante.

« Taki… » Le nom fut prononcé par Simone d'une voix basse, presque un murmure chargé d'une histoire ancienne. « Je connais ce nom. Et je connais son genre. »

Mondor sentit un espoir fragile naître en lui. Il leur exposa son plan : trouver un moyen de rejoindre l'Amérique, intercepter Spartacus et ses sbires, et libérer sa famille.

Simone, après avoir écouté attentivement, prit la parole. « Se précipiter, c'est se perdre. Il nous faut un plan. Une stratégie. Et un moyen de transport. »

Henri, sa mère, intervint : « J'ai quelques contacts. Des hommes qui ont navigué sur toutes les mers. Ils pourraient nous aider à trouver un navire. »

Les jours suivants virent une alliance improbable se former. Mondor, le guerrier endurci par la vie, Henri, la mère protectrice et déterminée, et Simone, la stratège chevronnée, une force tranquille qui semblait connaître tous les secrets du monde. Ils passèrent des heures à étudier des cartes, à échanger des informations, à anticiper les mouvements de Taki et de ses hommes.

Simone, malgré son âge, dirigeait les opérations avec une autorité naturelle. Elle expliquait les courants marins, les vents, les routes commerciales, les points faibles des routes maritimes. Elle parlait de tactiques de combat, de discrétion, de survie. Mondor écoutait, fasciné par l'étendue de ses connaissances, par la vivacité de son esprit. Il n'avait jamais imaginé que sa grand-mère, cette figure douce et effacée, cachait une telle force.

Le navire fut trouvé. Un vieux cargo, battant pavillon étranger, capable de traverser l'Atlantique dans une relative discrétion. Les préparatifs furent rapides, secrets. Mondor savait que chaque minute comptait. L'idée de sa famille, seule et effrayée, le poussait en avant, lui donnait une énergie surhumaine.

Le jour du départ, le ciel était gris, menaçant. Un vent fort soufflait, agitant les vagues. Simone, malgré sa fragilité apparente, monta à bord avec une aisance surprenante. Henri, le visage pâle, serra son fils dans ses bras. « Sois prudent, mon fils. Ramène-les-nous sains et saufs. »

Mondor hocha la tête, le cœur serré. Le navire quitta le port dans la pénombre de l'aube, invisible aux yeux de ceux qui restaient à terre. La traversée s'annonçait longue et périlleuse. Le vaste océan, avec ses humeurs changeantes, allait être leur premier adversaire.

Les trois premiers jours furent un véritable calvaire. Le navire, malmené par une tempête d'une violence inouïe, semblait prêt à sombrer à chaque instant. Les vagues s'écrasaient sur le pont, l'eau glacée envahissait les coursives. Mondor, agrippé à la rambarde, luttait contre le mal de mer, le regard perdu dans l'immensité grise. Simone, imperturbable, observait les mouvements de la mer, calculant, analysant. Elle semblait trouver une étrange sérénité dans le chaos.

« La mer a ses lois, Mondor », lui dit-elle un soir, la voix rauque mais ferme. « Il faut apprendre à les respecter, à les comprendre. C'est comme une bataille. L'ennemi est là, invisible, mais il est puissant. Il faut anticiper ses attaques. »

Elle lui enseigna comment lire les nuages, comment interpréter le chant du vent, comment sentir les changements de pression. Mondor, malgré sa fatigue, absorbait chaque mot. Il savait que ces leçons seraient vitales.

Au fur et à mesure que la tempête s'apaisait, un nouveau sentiment s'installait : l'urgence. Ils approchaient des côtes américaines. Il fallait trouver Spartacus et ses hommes. Simone avait dressé une liste de ports potentiels où un tel groupe pourrait chercher à se cacher, à se fondre dans la masse.

« Spartacus est un homme de main, pas un stratège », analysait Simone. « Il suivra les ordres, mais il cherchera aussi un endroit sûr pour se reposer, pour évaluer la situation. Un endroit où il peut se sentir en sécurité, mais aussi où il peut facilement disparaître. »

Ils débarquèrent dans un port américain sans histoire, une ville portuaire où la vie suivait son cours, ignorant le drame qui se jouait en coulisses. Mondor, guidé par les indications subtiles de Simone, commença sa traque. Il se fondait dans la foule, observant, écoutant. Il utilisait ses contacts, ses réminiscences de sa vie militaire, pour glaner des informations.

Simone, restée discrètement en retrait, observait, analysait les mouvements de Mondor, le conseillait par des signes discrets. Elle avait une capacité déconcertante à anticiper les réactions humaines, à déceler les mensonges et les vérités.

Un soir, alors qu'ils scrutaient un quartier malfamé, Mondor aperçut un visage familier sur une photo affichée dans un bar louche. Spartacus. La photo était accompagnée d'une annonce de recrutement pour des mercenaires. Ils étaient là, près de lui.

Le cœur de Mondor se mit à battre la chamade. Il sentit l'adrénaline monter. Simone lui fit un signe discret, lui indiquant la direction. Un entrepôt désaffecté, sur les quais. Un endroit parfait pour des hommes comme eux.

L'assaut fut rapide, brutal. Mondor, guidé par l'instinct et les conseils de Simone, se faufila dans l'entrepôt sombre et poussiéreux. Il entendit les voix, les bruits de pas. Les assassins étaient là, se partageant le butin, célébrant leur succès.

Le combat fut acharné. Mondor, animé par la rage et le désespoir, se jeta sur ses adversaires. Il esquivait les coups, ripostait avec une précision redoutable. Il se souvenait de ses entraînements, des simulations de combat. Chaque mouvement était calculé, chaque coup portait. Cratos tomba le premier, puis Goda, Daga, Bouma, Kala.

Spartacus, pris par surprise, se retrouva face à Mondor. Un duel s'engagea, une lutte sauvage entre deux hommes armés de leurs poings et de leur détermination. Spartacus était fort, expérimenté, mais Mondor avait quelque chose de plus : la force de celui qui se bat pour sauver ce qui lui est le plus cher. Il parvint à désarmer Spartacus, puis, d'un coup sec, le neutralisa.

Alors qu'il était sur le point de l'interroger, Spartacus, le visage tuméfié, cracha du sang. « Tu ne peux pas… Tu ne peux pas le vaincre. Taki est partout. »

Mondor sentit une colère froide monter en lui. « Où est ma famille ? »

Spartacus, dans un dernier souffle de défi, murmura : « Tu la trouveras… si tu es assez rapide. » Il s'effondra, vaincu.

Simone s'approcha, son regard scrutait Spartacus. « Il a dit la vérité. Taki est malin. Il ne se laissera pas prendre facilement. » Elle se tourna vers Mondor. « Il nous a donné une piste. Un endroit où Taki pourrait se cacher, un lieu où il se sent en sécurité. Un endroit qu'il pense imprenable. »

Elle désigna une carte qu'elle avait sortie de sa poche. Une île isolée, au large des côtes. Un complexe fortifié, connu pour être le repaire de criminels et de personnages peu recommandables. L'antre de Taki.

Mondor regarda la carte, puis le visage de sa grand-mère. La fin de sa quête était en vue. Mais il savait que le plus dur restait à faire. Affronter Taki, le vieil ennemi, dans son propre domaine. Le poids de sa famille, de leur avenir, reposait désormais entièrement sur ses épaules. La nuit était tombée, mais dans le regard de Mondor, une nouvelle lumière s'était allumée : celle de la détermination inébranlable.

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