Chapter 3
Échos d'une lignée oubliée
Des flashs étranges et des sensations nouvelles la submergent. Gabriel lui révèle des fragments de son passé, suggérant des origines bien plus complexes et surnaturelles qu'elle n'ose l'imaginer.
Le froid de la nuit n'était rien comparé au frisson qui me parcourait l'échine. Les images, fugaces et violentes, tourbillonnaient dans ma tête comme des feuilles mortes emportées par un vent glacial. Des éclats de lumière vive, des ombres mouvantes, des chuchotements d'une langue que je ne comprenais pas mais qui résonnaient dans mes os. J'avais l'impression d'être une marionnette dont les fils s'étaient emmêlés, me tirant dans des directions opposées. Je serrai les poings, les ongles s'enfonçant dans ma paume, cherchant un ancrage dans la douleur physique pour fuir celle, plus profonde, qui me rongeait.
Gabriel était assis en face de moi, son regard intense fixé sur mon visage. Il ne cherchait pas à me rassurer, ni à minimiser ce que je ressentais. Il observait, analysait, et il y avait une gravité nouvelle dans ses prunelles ambrées, une compréhension qui me terrifiait autant qu'elle m'attirait. Depuis notre rencontre, une partie de lui m'avait toujours semblé voilée, une énigme que je n'osais pas déchiffrer. Mais ce soir, le voile semblait s'amincir, révélant des profondeurs insoupçonnées.
« Qu’est-ce que… qu’est-ce qui m’arrive, Gabriel ? » Ma voix était rauque, presque étrangère.
Il se pencha légèrement en avant, ses mains posées sur ses genoux. L’air ambiant semblait chargé d’une électricité palpable, comme avant un orage. « Ce sont des échos, Liana. Des échos d’une lignée oubliée. »
Lignée ? Le mot résonna étrangement en moi. Mes parents étaient morts depuis des années, emportés par une maladie foudroyante. Ma vie était un livre dont les pages importantes avaient été arrachées, me laissant avec un vide béant et une méfiance infinie envers le monde. L’idée d’une « lignée » suggérait des racines, une histoire, quelque chose que je n’avais jamais osé espérer.
« Je ne comprends pas. » J’avais l’impression de répéter ces mots à l’infini, un refrain de mon ignorance.
Gabriel soupira doucement, un son grave qui vibrait dans la pièce. « Tes visions, tes sensations… elles ne sont pas le fruit du hasard, Liana. Elles sont le réveil de quelque chose qui sommeille en toi. Quelque chose d’ancien. »
Il se leva et s’approcha de la fenêtre, contemplant la nuit étoilée. Sa silhouette se découpait sur le fond sombre, imposante et protectrice. « Tu crois que ta vie a commencé le jour où tu as perdu tes parents. Mais ce n’est qu’une partie de ton histoire. Une histoire bien plus complexe, bien plus… surnaturelle, que tu ne peux l’imaginer. »
Surnaturelle. Le mot, prononcé par lui, prenait une tout autre dimension. Je savais qu’il était un loup-garou, un Alpha. J’avais vu la transformation, la puissance brute qui émanait de lui. Mais ses origines à lui, celles de sa meute, me semblaient appartenir à un monde à part, un monde dont je n’étais pas. Jusqu’à maintenant.
« Qu’est-ce que tu veux dire ? » Mon cœur battait la chamade, un tambour irrégulier dans ma poitrine.
Il se retourna, son regard rencontrant le mien. Il y avait une tristesse mêlée de détermination dans ses yeux. « Il y a des choses que tu n’as jamais su sur toi, Liana. Des choses que tes parents ont peut-être préféré taire, pour te protéger. Ou peut-être qu’ils ne savaient pas eux-mêmes. »
Il s’assit à nouveau, mais cette fois, il prit ma main. Sa peau était chaude, presque brûlante, et un courant électrique parcourut mon bras jusqu’à mon cœur. C’était un contact différent de ceux que j’avais connus. Il n’y avait pas de peur, pas de jugement, juste une acceptation silencieuse.
« Tes origines ne sont pas… ordinaires, Liana. Tu es bien plus que ce que tu crois. » Il hésita, cherchant ses mots. « Il y a des légendes, des contes anciens qui parlent de lignées… spéciales. Des lignées qui possèdent des dons, des pouvoirs qui dépassent l’entendement humain. »
Je retirai ma main, secouant la tête. « Des pouvoirs ? Gabriel, je… je ne suis rien de tout ça. Je suis juste Liana Price, quelqu’un qui essaie de survivre. » La phrase sonnait creux, même à mes propres oreilles. Les échos dans ma tête s’intensifiaient, comme s’ils réagissaient à ses paroles.
« Tes parents… ils n’étaient pas ce qu’ils semblaient être non plus. » Sa voix était basse, presque un murmure. « Il y a eu des gens dans leur passé, des gens qui avaient des liens avec le monde que je fréquente. Des liens forts. Et ces liens, ils se sont transmis. »
Mon souffle se bloqua dans ma gorge. Mes parents, des gens discrets, presque effacés, liés au monde surnaturel ? Cela semblait absurde. Pourtant, les visions, cette sensation de déjà-vu qui m’oppressait depuis mon arrivée ici…
« Tu te souviens des symboles que tu as vus dans tes visions ? » demanda Gabriel.
J’hochai la tête, les yeux écarquillés. « Oui. Des spirales, des étoiles… et cette flamme bleue. »
Un sourire fin effleura ses lèvres. « Ces symboles sont anciens. Très anciens. Ils sont liés à des familles, à des pouvoirs ancestraux. Des pouvoirs qui sont dormants en toi, Liana. Et qui commencent à se réveiller. »
Il se pencha encore plus près, son regard plongeant dans le mien. « Je crois que tu n’es pas seulement une humaine qui a eu la malchance de croiser ma route. Je crois que tu as été amenée ici pour une raison. Une raison qui dépasse notre rencontre. »
« Quelle raison ? » demandai-je, la voix tremblante.
« Je ne le sais pas encore. Mais je sais que tu n’es pas seule. Et que ce qui se passe en toi n’est pas une maladie, ni une folie. C’est une révélation. » Il marqua une pause, son regard se faisant plus intense. « Une révélation sur qui tu es vraiment. »
Une nouvelle image me traversa l’esprit, plus claire cette fois. Une femme, belle et forte, se tenait debout devant un cercle de runes lumineuses. Elle levait les mains, et une énergie bleutée jaillissait de ses paumes, repoussant une ombre menaçante. La femme me ressemblait. Les cheveux, la forme du visage… C’était comme me regarder dans un miroir déformé par le temps.
« C’est… c’est elle, n’est-ce pas ? » murmurai-je, les larmes aux yeux. « Ma mère ? »
Gabriel hocha lentement la tête. « Ou quelqu’un de sa lignée. Quelqu’un qui avait le même sang que toi. » Il me regarda avec une compassion évidente. « Il y a des choses que je ne peux pas encore te dire, Liana. Des choses trop dangereuses. Mais sache ceci : tu es porteuse d’un héritage. Un héritage que certains convoitent, et que d’autres veulent détruire. »
« Convoiter ? Détruire ? » La peur commençait à se mêler à ma confusion. Je n’étais plus seulement une femme brisée par son passé, je devenais un mystère, un enjeu.
« Il y a des forces dans ce monde qui ne supportent pas ce qui est différent. Ce qui est puissant. » Ses mots étaient lourds de sens. « Et ton réveil… il ne passera pas inaperçu. »
Un sentiment de vertige me saisit. J’avais fui le monde, cherchant la solitude et l’oubli. Mais il semblait que le monde, et ses dangers, m’avaient retrouvée. Et qu’ils étaient bien plus complexes et menaçants que je ne l’avais jamais imaginé.
« Que dois-je faire ? » Ma voix était un murmure désespéré.
Gabriel me prit les mains à nouveau, ses doigts entrelacés avec les miens. Sa force me semblait être le seul point d’ancrage dans cette tempête d’émotions et de révélations. « Pour l’instant, tu dois apprendre. Apprendre à écouter ces échos, à comprendre ce qu’ils te disent. Et tu dois te faire confiance. » Il marqua une pause, son regard intense. « Et tu dois savoir que tu n’es pas seule. Ma meute est ta meute, si tu l’acceptes. Et moi… je serai là. »
Ses mots étaient une promesse, un rempart contre l’inconnu qui se déchaînait en moi et autour de moi. Mais même dans sa présence rassurante, une ombre persistait. L’ombre d’une menace dont je ne connaissais ni le nom ni le visage, mais dont je sentais déjà le souffle glacial sur ma peau. L’éveil de mes origines était peut-être une bénédiction, mais il était aussi, je le sentais au plus profond de mon être, le prélude d’une bataille. Et je n’étais pas certaine d’être prête à la livrer. La nuit était encore longue, et les secrets qu’elle renfermait ne faisaient que commencer à se dévoiler.