Chapter 12

Des Mots pour Guérir

Face à la pression de Thomas, Élise sent le besoin irrépressible de mettre des mots sur son vécu. Dans son carnet secret, elle commence à écrire son histoire, de manière fragmentée au début, puis de plus en plus cohérente. Elle y décrit la peur, l'isolement, les violences psychologiques qu'elle a subies. Ces mots, longtemps enfermés au plus profond d'elle-même, libèrent une partie de son fardeau. Elle ne les partage avec personne au début, mais le simple fait de les écrire est une étape cruciale vers sa guérison. Le silence commence à se fissurer de l'intérieur.

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Les murs de la maison Dubois semblaient s'être rapprochés, se faisant plus épais, plus sombres, avalant la lumière du jour avant même qu’elle n’ait le temps de frapper les vitres. Thomas avait intensifié sa surveillance, ses regards traquant chacun de mes mouvements, chaque battement de cil, comme si j’étais une proie qu’il craignait de voir s’envoler. Ses interrogations, toujours voilées d’une fausse douceur, étaient devenues plus pressantes, ses questions plus incisives, décortiquant mon emploi du temps, mes pensées, mes silences. La belle-famille, à son image, portait un regard suspicieux, une vigilance constante qui me donnait l’impression d’être observée à travers une loupe, chaque imperfection, chaque hésitation grossie jusqu’à devenir une faute impardonnable.

Le poids de cette atmosphère suffocante devenait insoutenable. Le silence que j’avais érigé en rempart, en armure, commençait à craqueler sous la pression. Il ne suffisait plus à me protéger, il devenait une prison, un cachot où mon âme étouffait. Une angoisse sourde, familière, remontait à la surface, me rappelant les profondeurs du gouffre d’où j’avais peiné à émerger. Mais cette fois, une différence subtile se faisait sentir. La peur était toujours là, tapie dans les recoins sombres de mon esprit, mais elle était accompagnée d’une nouvelle sensation, une impulsion nouvelle, une urgence à parler, à nommer, à libérer ce qui me rongeait de l’intérieur.

C’est dans la quiétude relative de ma chambre, à l’abri des regards indiscrets, que j’ai retrouvé le petit carnet à la couverture usée, celui que j’avais dissimulé avec tant de soin. Il était mon dernier refuge, le seul endroit où mes pensées pouvaient prendre forme sans être jugées, sans être étouffées. Mes mains tremblaient légèrement en l’ouvrant, le papier jauni semblant retenir les échos de mes souffrances passées.

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