Chapter 5
Episode 5
Il voit une jeune fille
Le souffle s'était retiré de mes poumons, laissant un vide où résonnait le battement affolé de mon cœur. La seconde boîte, identique à la première, reposait entre mes mains, lourde des secrets qu'elle avait gardés si longtemps. La preuve, enfin. Le journal, ouvert à la page fatidique, racontait l'histoire, enfin presque. Les mots peignaient un tableau sombre, celui d'une séparation forcée, d'une décision déchirante prise par les Sœurs Sauvages pour protéger la forêt de menaces extérieures, des ombres qui rôdaient aux confins du monde connu. Elles avaient choisi de se fondre, de devenir une partie intégrante de la sylve, leur essence se mêlant au vent et aux arbres. La carte, désormais, semblait moins un chemin qu'un testament, une œuvre d'art laissée à ceux qui sauraient comprendre.
Je levai les yeux, laissant le parchemin glisser sur mes genoux. Le lieu où j'avais résolu l'énigme, un cercle de pierres moussues baigné d'une lumière irréelle, semblait désormais plus vivant, plus vibrant. Les murmures, qui s'étaient tus lors de la découverte de la preuve, reprirent, mais cette fois, leur ton était différent. Plus doux, presque mélodieux, comme une berceuse ancienne. L'air vibrait d'une énergie nouvelle, une énergie que je ne pouvais encore nommer. J'étais sur le point de refermer la boîte, de la replacer dans sa cachette, lorsque quelque chose attira mon regard. Un mouvement, à la périphérie de ma vision.
Ce n'était pas un animal, ni le jeu des ombres. C'était une forme, une silhouette humaine, se découpant sur le fond verdoyant de la forêt. Je me figai, le cœur retombant dans ma poitrine. Était-ce une illusion, un écho des visions que le journal avait pu susciter ? Mais la forme se précisa, se rapprocha. C'était une jeune fille, à peine sortie de l'adolescence, vêtue de peaux et de feuilles tressées, ses cheveux d'un brun sombre semblables à l'écorce mouillée d'un bouleau. Ses yeux, d'un vert profond, me fixaient avec une intensité désarmante. Il n'y avait aucune peur dans son regard, seulement une curiosité tranquille, et une connaissance qui semblait remonter aux âges des arbres qui nous entouraient. Elle s'avança vers moi, ses pas légers sur la mousse, sans un bruit. Elle s'arrêta à quelques pas, sa présence emplissant l'espace d'une quiétude étrange. Elle tendit une main, non pas pour toucher la boîte, mais pour désigner un symbole gravé sur la pierre la plus proche, un symbole que j'avais vu sur la carte, et sur le premier parchemin. Un sourire léger effleura ses lèvres, un sourire qui contenait toute la sagesse du monde. Et dans le silence de la forêt, un murmure distinct, plus clair que tous les autres, s'éleva, une seule syllabe, un nom que je n'avais jamais entendu, mais qui résonnait avec l'écho des sœurs.