Chapter 3
L'Appel de l'Aventure
Convaincu de la culpabilité de Marc, Léo décide de le traquer. Il rassemble quelques affaires, quitte sa vie paisible et se lance sur les traces de son beau-père.
La poussière dans l'air semblait s'épaissir, chaque particule dansant dans les rares rayons de soleil qui perçaient le voile de tristesse. Léo se tenait au milieu du salon, un lieu autrefois empreint de rires et de chaleur, maintenant figé dans un silence assourdissant. Le fauteuil préféré de sa mère était vide, son couverture pliée avec une précision qui lui serrait le cœur. Chaque objet semblait murmurer son absence, un écho lancinant dans le vide béant qu'elle avait laissé. Les mots de la police, aussi polis soient-ils, résonnaient encore dans ses oreilles : "disparition inquiétante", "déplacements suspects", "nous avons des raisons de croire que votre beau-père, Monsieur Marc Dubois, pourrait être impliqué". Impliqué. Un mot si faible pour décrire l'horreur qui s'était abattue sur leur foyer.
Léo serra les poings, ses phalanges blanchissant. La colère, longtemps contenue, commençait à monter, une marée noire prête à tout emporter sur son passage. Il repensait à Marc, à son sourire toujours un peu trop large, à ses mains qui semblaient caresser le monde avec une fausse douceur. Ce charme, il l'avait toujours trouvé un peu… artificiel. Une façade bien huilée pour masquer quoi ? Pour masquer le monstre qui avait osé lever la main sur la seule personne qui avait fait de Léo une famille.
Il ne pouvait pas rester là, à se noyer dans le chagrin et l'indignation. Sa mère méritait plus. Elle méritait la vérité, la justice. Et il était le seul à pouvoir la lui offrir. La décision s'ancra en lui avec la force d'une conviction inébranlable. Il partirait. Il trouverait Marc Dubois. Et il le confronterait.
Dans sa chambre, l'agitation était palpable. Léo rassemblait ses affaires avec une fièvre méthodique. Un sac à dos solide, quelques vêtements chauds et robustes, une trousse de premiers secours qu'il avait toujours préparée pour ses randonnées, une carte détaillée de la région, et un couteau de chasse, cadeau de son père pour son dix-huitième anniversaire. Il le glissa dans sa ceinture, le métal froid lui rappelant la dureté de sa mission. Il regarda autour de lui, une dernière fois. Les posters de groupes de musique qu'il aimait, la petite étagère remplie de livres, le bureau où il avait passé tant d'heures à étudier. Tout cela semblait appartenir à une autre vie, une vie qui venait de basculer dans l'abîme.
Il attrapa son téléphone. Il savait à qui il devait parler avant de partir. Sophie. Son amie d'enfance, celle qui avait toujours eu ce don étrange de lire en lui sans qu'il n'ait à prononcer un mot. Il composa son numéro, le cœur battant un peu plus vite.
« Léo ? Qu'est-ce qui se passe ? Tu n'as pas l'air… bien. » La voix de Sophie était empreinte d'une inquiétude familière, un baume sur la plaie encore vive.
« Sophie… il faut que je te parle. Et il faut que je te dise que je pars. » Les mots sortirent d'un coup, sans préambule.
Un silence. Puis, « Pars ? Léo, où ça ? Qu'est-ce qui t'arrive ? »
« Je pars à la recherche de Marc. Je… je sais qu'il a fait du mal à maman. Je crois qu'il l'a… je crois qu'il l'a tuée. » La phrase était un murmure rauque, chargé d'une douleur indicible.
Le souffle de Sophie s'étrangla. « Non… Léo, tu es sûr ? La police… »
« La police dit qu'il est impliqué. Mais je sais, Sophie. Je le sens au plus profond de moi. Il faut que je le trouve. Il faut que je sache la vérité. Et il faut que justice soit faite. » Sa voix tremblait, mais la détermination y était indéniable.
« Léo, attends. Ne fais pas ça tout seul. C'est dangereux. » La préoccupation dans la voix de Sophie était palpable, mais aussi une lueur, une étincelle que Léo connaissait bien. C'était sa façon de se préparer à l'action.
« Je ne peux pas attendre, Sophie. Je ne peux pas rester ici. Je dois y aller. Mais… je voulais que tu saches. Et peut-être… peut-être que tu pourras m'aider à trouver des indices. Je sais que tu as un don pour ça. »
« Un don pour déceler les mensonges, tu veux dire. Oui, Léo. Je le sens. Je sens que quelque chose ne va pas. Je vais t'aider. Dis-moi où tu vas, si tu as une idée. Donne-moi des pistes. Je ferai tout ce que je peux. » La détermination de Sophie avait rejoint la sienne, formant un pacte silencieux dans l'obscurité naissante.
Léo lui donna les quelques informations qu'il avait : une rumeur entendue à demi-mot, une destination possible repérée sur une carte. Il lui confia son inquiétude, son besoin de savoir. Sophie lui promit de rester en contact, de chercher de son côté, de ne pas le laisser seul face à cette épreuve.
Après avoir raccroché, Léo se sentit un peu moins seul. Le poids sur ses épaules était toujours là, écrasant, mais il y avait maintenant une lueur d'espoir, une main tendue dans le brouillard. Il jeta un dernier regard à la maison, à ce sanctuaire brisé, et sortit, refermant la porte derrière lui avec un clic qui résonna comme le début d'une nouvelle ère.
La nuit était tombée, drapant le paysage d'une toile d'encre. Le ciel, d'ordinaire constellé d'étoiles, était voilé par une fine couche de nuages, rendant l'obscurité encore plus profonde. Léo conduisait prudemment, les phares de sa vieille voiture découpant des chemins incertains dans la nuit. Il avait choisi de partir discrètement, sans faire de vagues, sans alerter qui que ce soit. Sa quête était personnelle, un pèlerinage douloureux vers la vérité.
Il s'était dirigé vers la vieille gare routière à la périphérie de la ville. Il avait loué une voiture sous un faux nom, une mesure de précaution qu'il avait appris à connaître grâce à ses lectures et à une prudence innée. Il ne voulait pas être retracé facilement. Marc Dubois était un homme rusé, il le savait. Il avait besoin de jouer d'égal à égal, voire un coup d'avance.
Il garait la voiture dans une ruelle sombre, le moteur s'éteignant dans un soupir. L'air était frais, portant l'odeur âcre de la pluie et de la solitude. Il descendit, son sac à dos pesant sur ses épaules. Il se sentait étrangement léger, libéré des contraintes de sa vie d'avant, projeté dans un futur incertain mais rempli d'un but précis.
Il se dirigea vers le quai désert, éclairé par des lampadaires blafards. Quelques bus aux couleurs défraîchies étaient garés en attente, leurs moteurs ronronnant doucement. Il consulta le tableau des départs, cherchant le nom d'une petite ville de montagne, un endroit où il avait entendu dire que Marc avait des affaires, ou du moins, un repaire. Un nom qui lui avait été murmuré par un vieil ami de son père, un homme aux yeux fuyants et à la voix rauque.
« Vous cherchez quelqu'un, jeune homme ? » Une voix grave, un peu rocailleuse, le fit sursauter.
Léo se retourna vivement. Un homme d'une cinquantaine d'années, aux traits burinés et au regard perçant, se tenait à quelques mètres de lui. Il portait un manteau usé et une casquette qui cachait la majeure partie de son visage. Il dégageait une aura de prudence, comme s'il était habitué à observer les allées et venues.
« Non, juste… je prends le bus pour… » Léo hésita, cherchant une excuse plausible.
L'homme sourit, un sourire qui ne montrait pas ses dents. « La montagne, n'est-ce pas ? Beaucoup de gens s'y dirigent ces temps-ci. Des affaires, des vacances… ou des problèmes. »
Léo sentit une goutte de sueur perler sur sa tempe. L'homme savait-il quelque chose ? Était-il un indicateur, un informateur, ou simplement un passant curieux ? « Je… je vais voir de la famille. »
L'homme hocha la tête lentement, son regard ne quittant pas celui de Léo. « La famille… c'est précieux. Il faut parfois la protéger. Ou la venger. » Il fit une pause, son regard semblant sonder Léo jusqu'à l'âme. « Si vous cherchez un homme, un certain Marc Dubois, il a eu une résidence secondaire dans les environs de Saint-Pierre-de-Montagne il y a quelques années. Une vieille bâtisse isolée. On dit qu'il aimait la solitude. Et le silence. »
Le cœur de Léo fit un bond. Comment cet homme pouvait-il savoir ? Était-ce une coïncidence ? Ou Marc avait-il laissé des traces, des indices involontaires ? « Saint-Pierre-de-Montagne… merci. »
L'homme fit un geste de la main, comme pour le renvoyer. « La route est longue, jeune homme. Et dangereuse. Surtout quand on cherche des vérités qui dérangent. Faites attention à vous. Et à votre cicatrice. »
La cicatrice. La vieille cicatrice sur sa main gauche, souvenir d'un accident d'enfance qu'il avait toujours caché à sa famille, un secret qu'il pensait bien gardé. Comment cet inconnu pouvait-il la connaître ? Un frisson le parcourut. Il se sentait observé, scruté.
Sans un mot de plus, Léo se dirigea vers le bus indiqué, le cœur battant la chamade. Il jeta un coup d'œil par-dessus son épaule. L'homme avait disparu, s'était fondu dans la nuit comme s'il n'avait jamais existé. Était-ce un avertissement ? Un signe ? Ou simplement une coïncidence troublante ?
Il monta dans le bus, s'installant près de la fenêtre. Les lumières de la ville s'éloignaient, laissant place aux ombres mouvantes de la campagne. La route vers Saint-Pierre-de-Montagne s'ouvrait devant lui, un chemin semé d'embûches et de révélations. L'appel de l'aventure, ou plutôt, l'appel de la vengeance, l'avait tiré de sa vie paisible. Il ne savait pas ce qui l'attendait, mais une chose était sûre : il ne reculerait pas. La vérité sur le destin de sa mère était à portée de main, et il était prêt à tout pour la découvrir. La nuit était jeune, et son périple ne faisait que commencer.