Chapter 4
Le Mur du Silence
Des personnes du passé refusent de parler ou donnent des réponses évasives. La méfiance s'installe. Qui protège-t-on vraiment ? Et pourquoi ?
Le mur se dressait, haut et impénétrable. Pas un mur de briques ou de pierre, non, mais un mur tissé de silences, de regards fuyants et de mots choisis avec une précision chirurgicale pour ne rien révéler. Chaque tentative de percer ce voile se heurtait à une résistance polie mais ferme. J'avais l'impression d'être un enfant frappant désespérément contre la porte d'une bibliothèque où se cacherait la réponse à toutes mes questions, mais où les gardiens, avec leurs sourires énigmatiques, me repoussaient gentiment, me rappelant que certains livres sont destinés à rester fermés.
Ma première approche fut la plus évidente : ceux que l'on appelait, dans les rares conversations où mon accident était mentionné, des « témoins ». Des voisins d'alors, des connaissances de la famille. Mais leurs souvenirs semblaient s'être évaporés avec la même rapidité que la fumée d'une bougie soufflée. Madame Dubois, la voisine d'en face, dont la maison offrait une vue imprenable sur la rue où tout avait basculé, se contenta de murmurer, le regard perdu dans le vide : « Oh, cette nuit… une nuit terrible, oui. Mais les détails… avec le temps, tout s'estompe, vous savez. » Son ton était teinté d'une tristesse feinte, ou peut-être sincère, mais le fond de ses yeux trahissait une réticence qui me glaça le sang. Elle savait plus, et elle avait peur de le dire.
Puis il y eut Monsieur Leclerc, un vieil ami de mes parents, un homme autrefois jovial et volubile, maintenant empreint d'une gravité nouvelle. Je le trouvai dans son jardin, taillant ses rosiers avec une concentration presque religieuse. Quand j'abordai le sujet, il s'arrêta net, ses ciseaux restant suspendus en l'air. « L'accident… » reprit-il, sa voix rauque. « Une tragédie. J'ai été dévasté d'apprendre ce qui était arrivé. Mais je n'étais pas là, vous comprenez. Je ne peux rien vous dire de précis. » Il évita mon regard, continuant son travail avec une énergie renouvelée, comme s'il voulait enfouir ses pensées sous la terre retournée. La façon dont ses mains tremblaient légèrement en tenant les outils ne m'échappa pas. Il ne s'agissait pas de vieillesse, mais d'une peur palpable. La peur de quoi ? De qui ?
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