Chapter 2

Le Capitaine Dépassé

Aaron Spelltoon, capitaine d'une brigade spéciale, est confronté à une affaire qui dépasse l'entendement. Les méthodes conventionnelles échouent, et une ombre surnaturelle plane sur ses enquêtes. L'ampleur du mystère l'accable.

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La sueur perlait sur le front d'Aaron Spelltoon, une sensation qu'il connaissait trop bien, mais qui, cette fois, ne résultait pas seulement de la chaleur étouffante de son bureau. Les dossiers s'empilaient sur son bureau, une montagne de paperasse hurlant son incompétence. Chaque rapport, chaque croquis macabre, chaque témoignage décousu ne faisait qu'épaissir le brouillard qui enveloppait l'affaire. Les meurtres étaient d'une violence inouïe, déconcertante dans leur sauvagerie, mais ce qui le glaçait le plus, c'était l'absence de mobile rationnel, l'impression d'une force invisible à l'œuvre.

Il jeta un stylo sur la pile, le bruit sec résonnant dans le silence tendu de la pièce. L'inspecteur Dubois, son bras droit, un homme dont le pragmatisme était aussi légendaire que son sarcasme, entra sans frapper. Il portait un plateau chargé de deux tasses fumantes et d'un bol de biscuits.

« Encore une nuit blanche, Capitaine ? » demanda Dubois, posant le plateau sur le coin libre du bureau. Sa voix était rauque, teintée d'une lassitude familière. « Je vous ai apporté du café. Le vrai, pas cette eau de vaisselle qu'on vous sert à la cafétéria. »

Aaron esquissa un sourire fatigué. « Merci, Dubois. Tu es un ange déguisé en flic cynique. » Il prit une gorgée de café noir, amer et revigorant. Il avait l'impression de se noyer dans les détails, de perdre de vue l'image d'ensemble. Les laboratoires étaient formels : aucune trace d'ADN, aucun résidu d'arme conventionnelle. Les victimes semblaient avoir été… démembrées par des griffes, des crocs, quelque chose de primitif et de féroce.

« Des nouvelles de la scène du crime du 17ème ? » demanda Aaron, sa voix rocailleuse par le manque de sommeil.

Dubois secoua la tête, le visage grave. « Rien de plus. Les mêmes marques étranges, comme si quelque chose avait labouré la chair. Et cette… chose… qu'on a trouvée plantée dans le mur. » Il fit une pause, cherchant ses mots. « C'est une sorte de… racine, Capitaine. Noire, luisante, comme si elle était imbibée de sang. On l'a mise sous scellés, bien sûr, mais les experts sont perplexes. Ça ne ressemble à rien de connu. »

Une racine. Aaron sentit un frisson parcourir son échine. Il avait déjà vu quelque chose de similaire dans le rapport sur l'affaire du square des Batignolles, une semaine plus tôt. Une autre victime, une autre violence indicible, et cette étrange matière organique. Il avait écarté cela comme une coïncidence macabre, une bizarrerie de decomposition. Mais maintenant…

« On a aussi quelques rapports de… disparitions étranges », ajouta Dubois, l'air mal à l'aise. « Des gens qui se sont volatilisés sans laisser de trace. Leurs appartements étaient intacts, pas d'effraction. Comme s'ils avaient été aspirés dans le néant. »

Aaron ferma les yeux, essayant de rassembler les pièces éparpillées du puzzle. Des meurtres d'une sauvagerie primitive, des racines étranges trouvées sur les scènes de crime, des disparitions inexplicables. Cela ne ressemblait à rien de ce qu'il avait jamais rencontré dans sa carrière. Les théories les plus folles commençaient à germer dans son esprit, des idées qu'il aurait autrefois balayées d'un revers de main comme de la pure fantaisie.

« Et les témoignages ? » demanda-t-il, ouvrant les yeux.

« Des vieilles dames qui parlent de bruits étranges sous terre, de secousses dans leurs appartements. Des noctambules qui ont aperçu des ombres furtives dans les parcs, des formes qui ne ressemblaient à rien d'humain. La plupart des gens pensent que c'est juste le stress de la ville, le bruit, la pollution. Mais… » Dubois hésita. « Je ne sais pas, Capitaine. J'ai l'impression qu'il y a quelque chose de plus. Quelque chose de… sale. »

Aaron se leva et se dirigea vers la fenêtre, contemplant le paysage urbain. Paris. Une ville de contrastes saisissants. D'un côté, des gratte-ciels futuristes qui perçaient le ciel, des véhicules volants qui filaient dans des couloirs lumineux. De l'autre, des îlots de verdure préservés, des quartiers aux rues pavées et aux façades anciennes, des havres de paix hors du temps. C'était dans l'un de ces îlots, le Square des Arts, qu'il avait rendez-vous avec son ami.

« Je crois que j'ai besoin d'air, Dubois », dit Aaron, sa voix empreinte d'une profonde lassitude. « Je vais faire un tour. Continuez à rassembler tout ce que vous pouvez. Et… essayez de rester sceptique, autant que possible. J'ai besoin de quelqu'un pour me ramener sur terre si je commence à divaguer. »

Dubois hocha la tête, un léger sourire aux lèvres. « Ne vous inquiétez pas, Capitaine. Je serai là pour vous rappeler que les monstres n'existent que dans les contes de fées. »

Aaron lui rendit son sourire, mais une pointe d'inquiétude persistait. Il avait l'impression que cette affaire allait bien au-delà des contes de fées.

Il quitta le commissariat, le brouhaha de la ville l'enveloppant. Les voitures volantes zébraient le ciel, les publicités holographiques clignotaient sur les façades des immeubles. Pourtant, même au milieu de cette effervescence technologique, il y avait des endroits où le temps semblait s'être arrêté. Le Square des Arts en faisait partie.

En traversant le pont qui surplombait la Seine, Aaron sentit une légère vibration sous ses pieds. Il s'arrêta, intrigué. Ce n'était pas le grondement habituel du métro ou du trafic. C'était plus subtil, plus profond, comme si la terre elle-même respirait. Il secoua la tête, se disant que c'était la fatigue qui lui jouait des tours.

Il arriva enfin au Square des Arts, un petit oasis de verdure niché au cœur du quartier historique. Les arbres centenaires offraient une ombre bienvenue, et le murmure de la fontaine centrale créait une mélodie apaisante. Au centre du square, se dressait un bâtiment ancien, aux pierres patinées par le temps, abritant un salon de thé nommé "Le Nectar des Muses". C'était l'endroit préféré d'Aaron, un lieu où il trouvait refuge loin du tumulte de sa vie.

La clochette de la porte tinta doucement lorsqu'il entra. L'odeur douce et réconfortante du thé et des pâtisseries emplit ses narines. Le salon était faiblement éclairé, baigné d'une lumière tamisée filtrant à travers les vitraux. Les tables en bois sombre étaient disposées avec soin, créant des espaces intimes. Et derrière le comptoir, se tenait Helior.

Helior. L'ami d'enfance d'Aaron, le confident silencieux, celui dont le sourire pouvait dissiper toutes ses angoissés. Ses cheveux sombres étaient légèrement décoiffés, et ses yeux, d'un bleu profond, pétillaient d'une intelligence tranquille. Il portait un tablier propre par-dessus une chemise simple, et ses mains, fines et agiles, préparaient une commande avec une grâce naturelle.

« Aaron ! Quelle bonne surprise », dit Helior, son visage s'éclairant d'un sourire sincère. « Tu as l'air… fatigué. Une affaire difficile ? »

Aaron s'approcha du comptoir, essayant de dissimuler son trouble. « Tu me connais, Helior. Toujours à courir après les ombres. » Il s'assit sur un tabouret, observant Helior préparer son thé habituel, un mélange d'Earl Grey et de bergamote.

Helior lui servit la tasse avec un petit sourire. « Les ombres ont l'air particulièrement tenaces ces temps-ci. J'ai entendu parler de ces… incidents étranges. C'est troublant. »

Aaron prit une gorgée de thé, savourant la chaleur réconfortante. « Troublant est un euphémisme, Helior. C'est… au-delà de tout ce que j'ai connu. » Il hésita, puis se décida. Il avait besoin de parler, de partager le fardeau. « On a trouvé des choses sur les scènes de crime. Des choses qui ne font aucun sens. Des… racines. »

Helior s'arrêta dans son geste de ranger une théière. Son regard se fit plus intense, une lueur d'intérêt, mêlée d'une pointe d'inquiétude, traversa ses yeux. « Des racines ? Décris-les-moi. »

Aaron s'efforça de décrire les fragments qu'ils avaient trouvés, la texture, la couleur, la sensation étrange qu'elles dégageaient. Helior l'écoutait attentivement, son visage impassible, mais Aaron pouvait sentir une tension subtile dans son attitude.

« C'est… fascinant », dit Helior, sa voix étrangement calme. « Et ces meurtres, tu dis qu'ils sont d'une violence primitive ? »

« Oui. Comme si… comme si la victime avait été attaquée par une bête sauvage. Mais sans aucune trace de cette bête. »

Helior posa ses mains sur le comptoir, ses doigts tapotant doucement. « Il y a des choses, Aaron, des forces que la science moderne a du mal à expliquer. Des vestiges d'un monde ancien qui se manifestent parfois. »

Aaron le regarda, intrigué. Il savait qu'Helior avait un passé mystérieux, qu'il avait servi dans l'armée, mais il n'avait jamais vraiment su dans quelles circonstances. Helior avait toujours été discret, voire secret, sur son passé.

« Tu parles comme si tu en savais quelque chose », murmura Aaron.

Helior esquissa un sourire énigmatique. « J'ai vu des choses pendant mon service militaire, Aaron. Des choses qui sortent de l'ordinaire. Des phénomènes que la plupart des gens préfèrent ignorer. » Il marqua une pause, son regard se posant sur Aaron avec une profondeur nouvelle. « Si tu le permets, Capitaine, je crois que je peux t'aider. Mon… expérience… pourrait être utile. »

Aaron sentit un poids se soulever de ses épaules. L'idée de partager ce fardeau avec Helior, de l'avoir à ses côtés, le rassurait d'une manière qu'il ne pouvait expliquer. Et puis, il y avait cette autre raison, celle qu'il gardait secrète au plus profond de son cœur : il aimait Helior. L'idée de passer plus de temps avec lui, même dans ces circonstances sombres, lui procurait une joie étrange et douce.

« Je… j'apprécierais énormément, Helior », dit Aaron, sa voix légèrement hésitante. « Je suis complètement dépassé. Mon équipe n'est pas équipée pour ce genre de choses. Nous avons besoin de quelqu'un qui… qui comprend ce que nous ne comprenons pas. »

Helior hocha la tête, un regard de détermination dans les yeux. « Je comprends. Considère-moi comme ton consultant. Nous allons comprendre ce qui se passe. Ensemble. »

Alors qu'Aaron buvait son thé, un sentiment de soulagement mêlé d'une excitation nouvelle s'empara de lui. L'ombre qui planait sur Paris semblait moins menaçante, moins insurmontable, maintenant qu'il n'était plus seul face à elle. Il regarda Helior, son ami, son confident, et pour la première fois depuis des jours, il ressentit une lueur d'espoir. Mais au fond de lui, une question persistait : jusqu'où Helior était-il prêt à aller pour l'aider ? Et quelles étaient les véritables profondeurs de son passé ? La réponse, il le savait, allait se révéler aussi mystérieuse que les racines qui s'étendaient sous la ville.

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