Chapter 5

Le Chemin Semé d'Épines

Le voyage est long et difficile. Fatoumata navigue entre les sentiers escarpés, les bêtes sauvages et les doutes intérieurs. La méfiance de son village la suit comme une ombre.

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Le soleil, implacable, tapait sur le dos de Fatoumata, faisant perler la sueur sur son front et ses tempes. Chaque pas sur le sentier rocailleux soulevait une poussière fine qui s’accrochait à ses vêtements, à sa peau, à ses cheveux tressés serrés. Le village était loin derrière elle maintenant, un amas de cases blanchies par le soleil, perdu dans la brume de chaleur qui déformait l’horizon. Elle portait sur sa tête un fagot de provisions sommaires : quelques grains séchés, une gourde d’eau précieuse, et un morceau de tissu pour se protéger du soleil. Mais le poids le plus lourd n’était pas celui de ces biens matériels ; c’était le poids du regard des anciens, de leurs murmures inquiets, de leurs avertissements voilés. « Où vas-tu, Fatoumata ? » avait demandé sa mère, la voix étranglée par l’angoisse. « Ne pars pas. C’est dangereux. Les esprits ne sont pas cléments en ces temps. » Et le chef du village, le visage buriné par les années et le soleil, avait secoué la tête avec une gravité qui glaçait le sang. « La sorcellerie est une ombre qui rampe, enfant. Ne cherche pas ce que tu ne peux comprendre. Reste auprès des tiens. »

Mais le souvenir des histoires de sa grand-mère, de ces remèdes oubliés qui avaient jadis sauvé des vies, brûlait en elle avec une intensité nouvelle. La toux sèche de sa petite sœur, la pâleur des visages au crépuscule, la terre craquelée qui ne donnait plus rien… Ces images étaient plus fortes que les peurs que l’on voulait lui instiller. La guérisseuse isolée, celle dont on parlait à voix basse, dans le secret des cases, comme d'une magicienne aux pouvoirs extraordinaires, était son seul espoir. Une femme qui vivait seule, au-delà des collines, là où les sentiers s’effaçaient et où la nature régnait en maître.

Le paysage changeait imperceptiblement à mesure qu’elle avançait. Les baobabs majestueux, gardiens silencieux des plaines, cédaient la place à une végétation plus dense, plus sauvage. Des acacias épineux tentaient de l’agripper, leurs branches noueuses semblant vouloir la retenir, lui signifier qu’elle s’aventurait hors des limites du connu. Le silence n’était pas total ; il était ponctué par le cri strident d’un oiseau inconnu, le bruissement d’une bête invisible dans les broussailles, le sifflement du vent dans les herbes hautes. Chaque son semblait amplifié, chaque ombre projetée par les arbres semblait cacher une menace. Fatoumata s’efforçait de garder son esprit clair, de ne pas céder à la panique qui pointait au bord de sa conscience. Elle se répétait les paroles de sa grand-mère : « La terre a ses remèdes pour tous ses maux, il suffit de savoir les écouter. »

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