Chapter 4
Gabriel
## PARTIE I – L’ENQUÊTE ### Chapitre 4 : Gabriel > Roxane ne bougea pas pendant exactement trente secondes. Elle compta ses pulsations cardiaques en posant deux doigts sur son carotide. Soixante-deux battements par minute. Stable. Le Silence était une armure efficace, mais ce soir, les plaques de l'armure commençaient à frotter les unes contre les autres. > Elle détacha ses yeux de la fenêtre, recula d’un pas calculé pour rester invisible depuis la cour, et remit son blouson de toile encore humide. > Dans sa poche droite, le carton noir gaufré. > Dans sa poche gauche, un cutter rétractable à lame interchangeable. Son outil pour couper les racines épaisses au fond des fosses. Un objet lourd, tranchant, sans état d’âme. Comme elle. > Elle éteignit la lampe d’architecte. Le studio plongea dans le noir. > Elle ouvrit la porte sans faire grincer les gonds, s'engagea sur le palier et descendit l’escalier de fer extérieur. La pluie fine lui cingla le visage. Le métal sous ses bottes de sécurité émettait un cliquetis sourd, étouffé par le clapotis de l'eau sur l'asphalte. > Arrivée en bas, elle s'arrêta à l’angle du bâtiment, dans la zone d’ombre projetée par la benne à gravats. > L’homme était toujours là. Il n’avait pas bougé d’un centimètre. Ses épaules étaient larges, légèrement voûtées sous son long manteau trempé. Il tenait toujours le carton noir entre ses doigts, mais ses yeux n'étaient plus fixés sur la fenêtre. > Il regardait précisément l’endroit où elle se cachait. > — Vous devriez mettre une capuche, dit-il. Sa voix était basse, éraillée, mais parfaitement distincte malgré le bruit de la pluie. Vous allez attraper froid, Roxane. > Elle sortit de l'ombre, les mains enfoncées dans ses poches, l'index gauche posé sur le curseur de sécurité du cutter. > — Qui êtes-vous ? demanda-t-elle. > L’homme abaissa lentement sa main. Le carton noir disparut dans sa manche avec une fluidité de prestidigitateur. Il fit deux pas vers elle, entrant pleinement dans le cône de lumière orange du lampadaire. > Il avait la trentaine passée. Un visage anguleux, marqué par des cernes profonds qui trahissaient un manque de sommeil chronique. Ses yeux étaient d’un gris délavé, presque transparents, animés d’une lueur d'une intensité dérangeante. Ce n’était pas le regard d'un habitant d'Enchanté. C’était le regard de quelqu’un qui cherche une proie, ou qui sait qu'il est suivi. > — Je m'appelle Gabriel, répondit-il. Et je suppose que vous avez reçu mon mot. > — Le message sur mon téléphone ? > — Non. Ça, c’est quelqu’un d’autre. Quelqu’un qui surveille cette cour depuis trois heures. Je l'ai fait partir juste avant de me montrer. Je parlais du carton. Celui que le petit Mercier vous a laissé au cimetière. > Roxane ne cilla pas. Elle analysa sa posture. Aucune agressivité immédiate. Les mains visibles, relâchées. Mais une tension extrême dans les jambes, prête à se détendre. > — Comment savez-vous pour le carton ? > Gabriel laissa échapper un rire sans joie, un simple souffle d'air chaud qui se condensa dans le froid. > — Parce que c’est moi qui lui ai donné. J'avais besoin de savoir si le fossoyeur d'Enchanté faisait partie du protocole ou s'il était juste... un témoin passif. En vous voyant ramasser cette carte et l'étudier plutôt que de la jeter aux ordures, j'ai eu ma réponse. Vous voyez le Silence, n'est-ce pas ? > Le mot résonna dans la cour vide comme un coup de feu. > Roxane sentit un froid plus vif que la pluie lui traverser l'échine. Personne ne connaissait ce mot. Elle ne l'avait jamais prononcé. Elle ne l'avait écrit nulle part, sauf dans sa tête. > — Qu’est-ce que vous voulez ? sa voix était devenue plus blanche, plus tranchante. > — Chloé Mercier n’est pas morte d’une overdose, Roxane. Vous l’avez vue. Vous avez vu sa famille. Vous avez vu le registre de Marcel. > — Le registre est une erreur administrative. Un bug informatique. > — Trois fois en deux mois ? Un bug qui efface aussi les abonnements de bus, les contrats de travail et la mémoire des voisins ? Non. Ce n'est pas un bug. C'est un nettoyage. Chloé a touché à quelque chose qu’elle n’aurait pas dû voir dans cette foutue ville, et ils ont activé le protocole. On l'a effacée de la surface de la terre. Et vous, vous venez de l'enterrer sous un faux nom dans une fosse non répertoriée. > Gabriel fit un pas de plus. Il était désormais à moins de deux mètres d'elle. L'odeur de tabac froid et de laine mouillée qui se dégageait de lui était entêtante. > — Le problème, continua-t-il en baissant d'un ton, c'est que le nettoyage n'est jamais parfait. Il reste toujours des scories. Des résidus. Le carton noir en est une. Vous en êtes une autre. > — Je fais mon travail, répliqua-t-elle froidement. J'aligne des corps dans de la terre. Rien de plus. > — Plus maintenant. Dès l'instant où vous avez caché ce carton dans votre poche, vous êtes entrée dans leur angle mort. Et croyez-moi, ils n'aiment pas les angles morts. > Gabriel jeta un coup d'œil rapide vers l'entrée de la cour, puis se tourna à nouveau vers elle. > — On ne peut pas rester ici. Le type qui vous a envoyé le message va revenir, et il ne sera pas seul. Si vous voulez comprendre pourquoi le nom de Chloé Mercier n'apparaîtra jamais sur sa tombe, suivez-moi. Sinon, remontez chez vous, attendez qu'ils viennent effacer votre propre ligne dans le grand livre, et priez pour que le prochain fossoyeur soit aussi méticuleux que vous. > Il lui tourna le dos et commença à marcher vers la sortie de la cour, d'un pas rapide et silencieux. > Roxane resta immobile sous la pluie. Sa main gauche lâcha lentement le curseur du cutter. Le Silence en elle s'était tu, remplacé par une certitude mathématique : si elle remontait ces escaliers, la structure de sa vie s'effondrerait avant l'aube. > Elle fit un pas en avant. Puis un autre. > Elle suivit Gabriel dans la nuit d'Enchanté. --- Dis-moi juste : **"continue Chapitre 5 intégral"** pour poursuivre l'immersion dans cette traque psychologique.
Je ne bougeai pas. Mes doigts étaient plaqués sur ma carotide, comptant le rythme lent et régulier de mes pulsations. Soixante-deux battements par minute. Le Silence, cette armure qui me protégeait du vacarme du monde, semblait ce soir un peu trop ajustée. Les plaques frottaient les unes contre les autres, une friction sourde qui annonçait un déséquilibre. J’avais vu le carton noir gaufré glisser dans la poche de mon blouson de toile, encore humide de la bruine persistante. Dans mon autre main, le poids familier et rassurant de mon cutter rétractable, son lame acérée prête à fendre la terre, prête à tout. Il était aussi sans état d’âme que moi.
J’éteignis la lampe d’architecte, plongeant le studio dans une obscurité familière. La porte s’ouvrit sans un couinement, un murmure métallique sur le palier extérieur. L’escalier de fer crissa sous mes bottes de sécurité, chaque pas un cliquetis étouffé par le clapotis de la pluie sur l’asphalte détrempé. Au pied du bâtiment, je me fondis dans l’ombre projetée par la benne à gravats.
Il était toujours là. immobile, une silhouette voûtée sous un long manteau trempé. Le carton noir tenait entre ses doigts, mais ses yeux ne scrutaient plus ma fenêtre. Ils étaient fixés sur ma cachette.
Keep reading "Gabriel "
The full chapter is in the AIBookCraft app — free to read, with your spot saved.
Free on iOS & Android · No signup to read