Le Chat Hanté sentit chaque fibre de son corps tendue au maximum, comme s’il flottait entre deux mondes : l’un de lumière, l’autre d’ombre. Les hommes du Serpent refermaient la trappe derrière eux, bloquant toute fuite. Proche de la charge thermite, Kofi gardait le poing serré sur le détonateur, mais ses yeux cherchaient la silhouette sombre du Serpent, oscillant entre la peur et une fascination étrange.
Le Serpent s’avança lentement, ses bottes martelant le vieux métal du plancher. L’éclat blafard des lampes de la cale découpait son visage, révélant une gueule de prédateur, impassible, prête à mordre. Sa voix, grave et mesurée, traversa la pièce comme un coup de scalpel.
« Tu as du talent, Kofi. Mais ce genre de talent n’a de valeur que pour ceux qui savent l’utiliser. Le Chat Hanté ne te donnera que des ruines. Je t’offre la puissance. »
Kofi détourna le regard, cherchant appui dans les yeux du Chat Hanté. Il n’y trouva que colère et déception, mêlées d’une lueur de compassion douloureuse.
« Alors ? » poursuivit le Serpent, s’approchant du jeune homme, ignorant presque le Chat Hanté prêt à bondir.
Le Chat Hanté serra les dents, sentant son cœur battre à tout rompre. Il savait que la moindre hésitation pouvait coûter la vie à tous ceux qu’il avait juré de protéger. Il se glissa subtilement entre Kofi et l’homme en noir, tentant de percevoir la vérité derrière la peur dans le regard de son compagnon.
Un des hommes du Serpent leva son arme d’un geste nerveux. La tension monta d’un cran. Le Chat Hanté devina que le détonateur ne quitterait pas la main de Kofi, mais rien n’indiquait quelle cible il choisirait.
Le Serpent approcha encore, une distance de moins d’un mètre les séparait désormais. Il tendit une main gantée dans un geste qui ressemblait à une offrande, mais dont le sous-entendu était empoisonné.
« Décide, Kofi. Sois un roi ou un pion. »
Le Chat Hanté sentit la sueur perler sur sa nuque. Il capta un mouvement du coin de l’œil : l’un des gardes préparait à tirer, l’index impatient sur la détente. Le silence était devenu insupportable, chaque respiration résonnait dans la cale comme un verdict à venir.
Kofi trembla. Ses lèvres s’entrouvrirent, un souffle de doute passa. Derrière lui, les caisses de lingots de sang semblaient pulser d’une vie malsaine, promesse de ravages à venir si cette nuit tournait mal.
Le Chat Hanté n’attendit plus. Il sentit que tout pouvait basculer d’un instant à l’autre, que le moindre mot, le moindre geste, ferait éclater ce fragile équilibre. Il croisa enfin le regard du Serpent, et dans cette seconde hors du temps, il comprit : l’homme n’attendait qu’un faux pas, qu’une hésitation, pour frapper.
Le détonateur tremblant dans la main de Kofi semblait une grenade prête à exploser. Sur le visage du Chat Hanté, la détermination remplaça la peur. Il allait agir, d’une façon ou d’une autre. La nuit retenait son souffle, suspendue sur la lame d’un choix impossible.
