Le soleil matinal caressait les vitres de la chambre de Rose, dessinant de pâles losanges dorés sur les draps froissés. Elle resta quelques instants allongée, savourant la tranquillité de ce réveil, comme si le monde lui-même retenait son souffle après la tempête de la veille. Sur sa table de chevet, le livre qui avait bouleversé sa vie semblait pulse de mystère. La reliure était légèrement entrouverte, révélant une page annotée d’une écriture différente de la sienne. Rose se redressa, le cœur battant. Était-ce réel? Avait-elle vraiment influencé l’histoire, ou ses souvenirs étaient-ils simplement les vestiges d’un rêve trop intense?
La lumière filtrait à travers les rideaux, faisant danser la poussière en volutes timides. Rose tendit la main et prit le livre, tremblant d’une excitation fébrile. En feuilletant doucement les pages, elle découvrit des passages inhabituels, comme si la protagoniste, désormais libre, avait ajouté elle-même quelques mots de remerciement : « Merci, Rose, pour m’avoir sauvée. Grâce à toi, j’ai trouvé ma paix. » Un frisson parcourut tout le corps de la jeune femme.
En s’habillant pour l’université, elle sentit une énergie nouvelle dans chacun de ses gestes. Au lieu de l’habituelle nervosité, elle portait sur elle un manteau invisible de confiance. Une fois son sac préparé, Rose descendit dans la cuisine où sa mère préparait le petit-déjeuner. Un regard complice fut échangé, mais elle ne put se résoudre à confier à sa mère les événements extraordinaires de la nuit passée.
Le trajet jusqu’à la faculté fut baigné d’une lumière douce, presque irréelle. Les arbres alignés semblaient murmurer des secrets que seuls les initiés pouvaient entendre. À chaque pas, Rose sentait que le monde avait changé avec elle – comme si l’histoire du livre se répercutait, en échos subtils, sur sa propre réalité.
À son arrivée dans l’amphithéâtre, la rumeur courait déjà à son sujet. Plusieurs camarades la saluèrent d’un sourire, certains chuchotant à voix basse, d’autres lançant des regards envieux ou curieux. Clémence, sa meilleure amie, l’accueillit à bras ouverts. « Rose, tu rayonnes aujourd’hui ! As-tu passé une bonne nuit ? »
Rose hésita, mais un éclat de vérité brilla dans son regard. « Une nuit inoubliable, tu peux me croire. »
Soudain, alors que le silence se faisait dans la salle, un inconnu s’approcha d’elle. Il était grand, vêtu d’une chemise d’un bleu profond qui faisait ressortir la clarté de ses yeux. Son visage lui était étrangement familier, comme un souvenir dérobé par le temps. Il lui tendit un carnet usé en murmurant : « Je crois que c’est à toi. Tu l’as laissé à la bibliothèque, hier soir. »
Rose sentit son souffle se suspendre. Elle n’avait pas mis les pieds à la bibliothèque la veille. Et ce carnet… il était identique à celui qu’elle possédait dans ses rêves, celui dans lequel elle écrivait l’avenir de l’héroïne. Les doigts tremblants, elle le prit, effleurant la main de l’inconnu. Un courant étrange la traversa, comme un avertissement ou une promesse.
« Qui êtes-vous ? » demanda-t-elle d’une voix à peine audible.
L’homme esquissa un sourire énigmatique, puis, d’un ton bas, il répondit : « Disons simplement que tu n’es pas la seule à marcher entre les mondes, Rose. Certains secrets ne s’écrivent pas… ils se vivent. »
Avant qu’elle n’ait le temps de réagir, il s’éloigna dans la foule, la laissant seule avec le carnet mystérieux, dont la couverture vibrait doucement, comme un cœur prêt à révéler ses merveilles.
Rose leva les yeux. Le livre dans sa main semblait brûler d’un feu invisible. Devait-elle ouvrir ce carnet devant tout le monde, retrouver l’inconnu, ou partager ce secret avec Clémence ?
