Élise s’approcha du miroir, le cœur battant. La lumière de la lampe torche de Léo vacillait sur le cadre orné, faisant danser les ombres dans le grenier. La pluie insistait sur les tuiles, rythmant le silence épais. Dans le reflet, la porte entrouverte du corridor était à présent large, invitante, la lueur dansante d’une flamme incertaine en son sein. Léo, nerveux, fronça les sourcils en direction d’Élise mais resta à ses côtés, comme toujours.
Un souffle glacé traversa l’air, ou bien était-ce son imagination ? Élise retint sa respiration. Dans le miroir, la scène du grenier disparaissait peu à peu ; à la place, elle se vit debout au seuil du corridor, la main posée sur la porte. Aucun bruit, sauf le sifflement du vent venu d’un ailleurs impossible.
« Tu vois ça ? » murmura-t-elle, la voix rauque.
Léo hocha la tête, blême. « Tu… tu bouges dans le miroir, Élise. Pas ici. Mais là-dedans, tu avances. »
Sa gorge se serra. Élise tendit la main, hésitante, jusqu’à effleurer la surface froide du verre. Sous ses doigts, la température chuta brutalement, brûlante de froid. Derrière la vitre, son reflet tourna la tête vers elle, les yeux emplis de questions, de peur… et d’une étrange détermination.
Un bruit sourd retentit, tout proche. La porte du grenier venait de se refermer toute seule, claquant sous l’effet d’un coup de vent soudain. Léo jura, se précipitant pour la rouvrir, mais la poignée ne bougea pas. Ils étaient enfermés.
Le miroir vibra. La lumière de la flamme grandissait, et dans la profondeur du corridor, une forme humaine se dessinait, indistincte, flottant à la frontière de l’ombre et du rêve. Élise sentit une force la tirer en avant – pas physiquement, mais comme si sa conscience glissait hors d’elle-même. Elle lutta pour rester ancrée, accrochant son regard à celui de Léo qui, lui, tapotait la porte, paniqué.
De l’autre côté du miroir, la forme s’approcha. C’était une femme, vêtue d’une robe ancienne, pâle comme la cire, les yeux immenses et noirs. Sa voix résonna, troublante, sans bouger les lèvres : « Viens… »
Élise chancela. La sensation était irréelle, comme un rêve lucide au bord du précipice. Elle savait qu’il fallait choisir. Le miroir palpitait d’une promesse et d’un danger insidieux. Un pas de plus, et tout basculerait.
Derrière elle, Léo l’appela, la voix tremblante : « Élise ! Ne fais pas ça ! »
Mais dans le reflet, la femme tendait la main. La lumière du corridor enflait, enveloppant tout. Un goût de fer sur la langue, un bourdonnement sourd dans les tempes. Tout semblait suspendu.
Élise sentit le moment de bascule approcher. Elle avait une chance unique de percer le secret du miroir, mais à quel prix ? Son cœur s’emballa alors que le choix se dessinait, inéluctable, dans la danse tremblante de la lumière et de l’ombre…