Le matin se levait doucement sur la tour solitaire, enveloppant la pierre d'une lumière pâle et dorée. Mila ouvrit les volets, le cœur battant, respirant l’air encore frais chargé de la rosée. En contrebas, la vallée s’étirait jusqu’au village endormi. Elle se tenait là, les bras croisés sur la rambarde du balcon, perdue dans ses pensées. Le chant d’un oiseau brisa le silence ; la princesse esquissa un sourire.
Derrière elle, dans les lourds coussins du grand lit, Ali s’éveilla. Juste avant l’aube, il avait retrouvé sa forme humaine, glissant hors de sa peau d’écailles pour redevenir l’homme qu’elle avait appris à aimer. Il l’observa en silence, admirant la grâce de chaque geste, la lumière caressant doucement ses cheveux. Mila se retourna et rencontra son regard : les yeux du prince étaient sombres et profonds, se creusant de tendresse chaque jour davantage.
Ils partagèrent un petit-déjeuner simple, riant des maladresses de Mila avec la cafetière ancienne. Ali, taquin, lui vola un baiser entre deux tartines. Le parfum du pain chaud emplissait la pièce, se mêlant à la chaleur naissante du soleil. C’était un matin paisible, rare et fragile comme une bulle de savon.
La tranquillité fut brisée lorsqu’un cri lointain monta depuis la vallée. Mila se figea, une tasse à la main. Ali posa sa main sur la sienne, son regard inquiet. Ils se précipitèrent ensemble sur le balcon.
Au loin, une colonne de fumée noire montait dans le ciel rose. Mila sentit un frisson courir le long de sa colonne vertébrale. Quelque chose brûlait, sans doute près du village où vivait une partie du peuple de son père. Des silhouettes couraient, minuscules à cette distance, semblant chercher de l’aide ou fuir un danger invisible.
« Reste ici, » murmura Ali, déjà prêt à bondir vers la fenêtre. Mais Mila secoua la tête, déterminée : « Non, je viens avec toi. » Elle sentit au fond d’elle une ancienne peur remonter, mêlée à un courage nouveau, né de ces mois partagés avec Ali – et avec le dragon. Elle savait qu’il lui fallait agir.
Ali se transforma devant elle, le craquement des os et le chuchotement des écailles emplissant soudain la pièce. D’un pas assuré, Mila grimpa sur son dos sans hésiter. À peine étaient-ils dans les airs que le vent fouetta ses cheveux, et avec lui la peur et l’excitation entremêlées.
En approchant du village, ils virent les flammes dévorer une grange. Autour, une foule effrayée tentait de contenir l’incendie. Mais ce n’était pas tout : sur la route, trois cavaliers masqués, armés, forçaient une famille à genoux, la pointe des épées contre leurs cous. Les bandits, habillés de noir, semblaient chercher quelque chose – ou quelqu’un.
Ali atterrit en rugissant, projetant une ombre gigantesque sur les bandits. Mila sauta à terre, la jupe dans le vent. Les villageois la reconnurent et s’écrièrent : « La princesse Mila ! »
L’un des bandits recula en trébuchant, mais un autre, plus téméraire, s’avança, la lame tendue vers elle. Derrière, l’incendie gagnait du terrain, la chaleur devenant insupportable. Mila sentit le regard d’Ali peser sur elle, prêt à intervenir. Tout autour, le chaos régnait : flammes, cris, menaces, bravoure. Un choix s’imposa dans la poitrine de la princesse : agir, reculer, ou négocier. Le danger était palpable, mais c’était désormais sa vie, son peuple, son amour.
Un souffle ardent, une décision à prendre. Le bandit s’approchait, déterminé.
