Élise resta immobile, assise à côté d’Étoile, tandis que la voix grave de son père flottait dans la chambre. Les mots d’Antoine, empreints de mystère, semblaient éveiller dans l’air un frisson de magie. La petite Étoile, blottie contre sa sœur, écoutait les yeux ronds, fascinée.
Dehors, la tempête s’intensifiait. Des bourrasques de vent faisaient vibrer les vitres et le bruit sourd des branches secouées résonnait comme un tambour lointain. Antoine poursuivait, racontant la forêt du nord, les arbres couverts de givre, les créatures étranges qui y vivaient, et la légende d’un cœur de glace caché au plus profond d’un vieux chêne.
Élise sentait cette douce chaleur au creux de sa poitrine monter, s’étendre, pulser sous sa peau. Les battements étaient presque douloureux, comme un écho d’une voix ancienne qu’elle ne comprenait pas encore. Ses doigts picotaient ; elle serra le drap, cherchant à garder la maîtrise de ses pouvoirs.
Antoine marqua une pause, le regard fixé sur la sculpture de glace qu’Élise avait créée. Ce fut alors que la lumière de la lampe vacilla, projetant des ombres dansantes sur le mur. Au même moment, une bourrasque plus forte que les autres fit claquer la fenêtre. Tout le monde sursauta. Bella, inquiète, se leva pour la refermer mais la fenêtre résista comme poussée par une force invisible.
D’un coup, une silhouette se découpa dans la nuit, juste derrière la vitre. Une forme sombre, drapée dans un manteau, dont les contours étaient flous dans l’obscurité. Élise sentit une vague de froid traverser la pièce. Le cœur battant, elle saisit la main d’Étoile.
Antoine se redressa, le regard soudain dur. Il posa une main protectrice sur l’épaule de Bella et s’approcha prudemment de la fenêtre. La silhouette ne bougeait pas. Ses yeux brillaient d’un éclat pâle, presque phosphorescent. Un souffle glacé envahit la chambre, et les sculptures de glace d’Élise commencèrent à fondre, goutte à goutte, comme si quelque chose aspirait leur magie.
Soudain, la voix de la silhouette traversa le verre, rauque et basse : « Je cherche l’enfant née de la neige. C’est le moment de choisir, Élise… »
Le souffle court, le cœur martelant, Élise sentit la magie affluer en elle, prête à jaillir. Antoine fit un geste pour la cacher derrière lui. Bella tenta de rassurer Étoile, qui tremblait. La silhouette posa la main sur la vitre, et le froid se fit plus mordant, l’air de la pièce vibrant d’un danger imminent.
Un choix terrible semblait s’imposer à Élise, plus fort que la peur : révéler ses dons au grand jour, fuir avec sa famille, ou affronter l’inconnu derrière la vitre. L’instant suspendu, la voix résonnait encore dans sa tête. Est-ce là le secret de mes origines ?
La silhouette frappa à la fenêtre, et la glace se fissura sous sa paume, comme pour l’inviter à agir.