La lumière vacilla, se réfractant sur les murs incrustés de cristal alors que les murmures gagnaient en intensité, se pressant contre mes tempes comme des doigts glacés. J’eus l’impression que la cité elle-même respirait — une longue inspiration stagnante, comme si elle goûtait notre peur. Les autres étaient figés. Chloé, la main ensanglantée, s’écarta lentement du mur fermé. Samir n’osait plus s’approcher du bassin, sa lampe braquée sur la masse mouvante qui glissait sous l’eau. Dr. Wilson murmurait des fragments de prières oubliées.
Un courant d’air fétide me fit reculer. Les silhouettes dans le cristal prenaient forme — des visages déformés, comme pressés derrière une vitre, leurs bouches distordues ouvertes sur un cri silencieux. Je sentis la sueur couler dans mon dos, la brûlure de ma cicatrice se faisant douloureuse. La cité s’imprégnait de nos émotions, les amplifiant, les retournant contre nous.
J’observai les motifs sur le sol — des entrelacs complexes, irradiant du bassin comme les rayons d’un soleil noir. Quelque chose me disait que ce plan n’était pas qu’ornemental : il guidait, il protégeait ou il emprisonnait. Je me penchai pour toucher les symboles, espérant y trouver un indice, une faille dans la perfection mortelle de cette architecture. Mais sous mes doigts, la pierre vibrait, palpitant au même rythme que ma peur.
« Gabriel… » La voix de Chloé tremblait. Elle se rapprocha, posant sa main sur mon bras. Le contact me ramena à la réalité, brisant la torpeur grandissante. Ses yeux cherchaient les miens, attendant que je décide quoi faire. Un instant, le lien silencieux entre nous fut plus fort que la panique environnante. Je sentis sa paume chaude, son souffle court, sa confiance vacillante mais réelle. Malgré le chaos, un désir de la protéger monta en moi, viscéral, indiscutable.
Un bruit sec résonna derrière nous. Dr. Wilson tomba à genoux, ses doigts crispés sur une amulette d’os. Il marmonna : « La cité veut une offrande… un échange… » Son regard devint fixe, perdu dans une terreur que je ne pouvais qu’imaginer.
Samir s’accroupit près du bassin, scrutant l’eau trouble. « Il y a quelque chose d’écrit sur le rebord. Mais c’est… ancien. Trop ancien. »
Je m’approchai, jetant un coup d’œil rapide à l’inscription couverte de moisissure. Les caractères brillaient faiblement, éclairés par la lumière bleutée des murs. Je distinguais un symbole étrange, répétitif : un cercle ouvert, traversé d’une flèche vers le bassin.
Le murmure cessa subitement. Le silence qui suivit fut encore plus terrifiant. L’eau du bassin se mit à bouillonner, noire et huileuse. Une forme se dressa lentement à la surface, indécise, trop humaine pour être naturelle, trop déformée pour être véritablement humaine. Une nuée de visages prisonniers du cristal s’anima en écho, se contorsionnant dans une grimace d’attente.
Je reculai d’un pas, le cœur battant à tout rompre, Chloé serrée contre moi. Derrière, Samir et Dr. Wilson se rapprochèrent, formant un cercle instinctif. La forme aquatique glissa hors du bassin, traînant des filaments visqueux, tirant le silence à elle comme un voile funèbre.
Elle s’arrêta, nous jaugeant de ses orbites vides. Je sentis la chaleur de Chloé, sa confiance fragile, la peur de mes amis — tout cela me traversa, me forçant à agir. La cité attendait. L’entité attendait.
Une décision s’imposait, immédiate. Prendre l’initiative ou se soumettre à la prochaine épreuve imposée par la cité ?
