Le sentier se resserrait à mesure qu’ils avançaient. Les arbres, plus anciens ici, semblaient courber leurs branches pour protéger ou retenir ceux qui osaient passer. Kael marchait devant, la cape effleurant la mousse. Éliana suivait, le souffle court, le cœur battant d’une émotion confuse entre la peur et l’émerveillement.
La lumière déclinante colorait l’air d’ambre et d’ombre. Parfois, Kael se retournait pour s’assurer qu’Éliana le suivait toujours. À chaque détour, elle sentait la marque vibrer sous sa peau, et la fleur de lune tenait une chaleur étrange, réconfortante malgré tout.
Après de longues minutes, la forêt s’ouvrit brusquement. Kael s’arrêta, une main levée. Devant eux, au-delà d’une rangée de fougères, se dressait la lisière : la ligne claire où les arbres cédaient la place à une lande couverte de brume, que le crépuscule transformait en mer incertaine.
« C’est ici », dit-il doucement, la voix basse.
Éliana s’immobilisa à ses côtés, scrutant la lande. Au loin, une tour scintillait faiblement, silhouette de verre et de pierre perdue dans l’étendue grise. Un courant d’air frais porta jusqu’à eux la promesse d’aventure et le parfum terreux des promesses anciennes.
Kael la regarda, une tendresse douloureuse dans le regard. Il hésita, puis posa ses mains sur ses épaules. La chaleur de ce contact la traversa, attisant le tumulte sous sa poitrine.
« Éliana… Prends garde à la brume. Elle cache plus que tu ne peux l’imaginer. Et la tour de Verre de Lune n’ouvre ses portes qu’à ceux qui osent révéler leur vrai visage. »
Il glissa lentement ses doigts jusqu’à sa joue, effleurant la peau marquée d’argent. Le geste était intime, aussi inattendu que la douceur dans sa voix : « Je crois que tu trouveras ta voie. Mais si tu croises un homme à la cape bleue, ne lui fais pas confiance. »
Sous la pression de sa main, Éliana sentit une vague de chaleur monter en elle, un mélange de gratitude et d’autre chose, plus vif, plus dangereux. Elle leva les yeux vers Kael, croisant son regard sombre et brillant, si proche qu’elle percevait le souffle sur sa peau.
« Tu reviendras ? » souffla-t-elle sans préméditation, la question jaillissant de son trouble.
Kael se pencha, l’ombre d’un sourire triste aux lèvres. « Je… »
Le bruit d’une branche brisée, net, les fit sursauter tous deux. Dans la brume, une silhouette se découpait, mouvante et indistincte. Kael recula, fronça les sourcils, prêt à réagir. Éliana sentit son sang se figer, la fleur de lune palpitant dans sa main, la ligne argentée brûlant sur sa peau. La brume s’épaissit brutalement, engloutissant la silhouette qui avançait — ou plusieurs ?
L’instant suspendu entre le désir, la peur, le mystère. Quelque chose approchait, et tout allait basculer.