La nuit tombait sur Bethléem, enveloppant les collines d’un voile bleu sombre. David, assis sur une pierre plate, la harpe posée sur ses genoux, laissait courir ses doigts sur les cordes, effleurant l’air d’une mélodie douce. Les moutons, rassemblés autour de lui, semblaient bercer par la musique, leur respiration paisible se mêlant aux battements réguliers de son cœur. Mais dans l’air flottait une tension nouvelle, une énergie qui illuminait le moindre recoin de son esprit.
Depuis l’onction, tout avait changé. Les paroles de Samuel résonnaient encore en lui, puissantes, irrévocables. Le regard de ses frères, entre crainte et incompréhension, le suivait à chaque pas. Jessé, son père, s’était montré silencieux, lointain, comme si l’annonce de ce destin dépassait l’entendement humain. David n’osait plus se promener comme avant, insouciant, son bâton jeté derrière l’épaule.
Cette nuit, pourtant, quelque chose vibrait dans l’atmosphère. Au loin, une lueur étrange fendit le ciel, zébrant les nuages d’un bleu électrique. Un grondement sourd, venu des profondeurs de la terre, fit vibrer la pierre sous David. Les moutons se dressèrent, anxieux. David lui-même sentit ses membres se raidir. Il n’avait jamais vu pareille chose.
Il se leva, sa harpe serrée dans une main, son bâton dans l’autre. Le souffle du vent changea de direction, charriant une odeur métallique, étrangère. Puis, il l’aperçut : sur la crête d’une colline voisine, une silhouette massive, hérissée de plaques sombres et luisantes, se dessinait contre l’horizon. Ce n’était pas un homme ordinaire. Plus grand, plus large, il semblait revêtu d’une armure qui reluisait d’éclats étranges, presque irréels, comme une carapace venue d’un autre monde. Le géant – car nul autre mot ne pouvait décrire cette apparition – levait une arme d’un genre inconnu, mi-lance mi-rayon, dont la pointe vibrait d’une énergie bleutée.
Le bruit courut dans la vallée : « Goliath ! » murmurèrent les échos, portés par le vent. David sentit son sang se figer. Il avait entendu parler de ce rebelle, de ce guerrier venu des régions lointaines, porteur de technologies interdites, défiant le peuple d’Israël et ses lois ancestrales. Mais jamais il n’aurait cru le voir de ses propres yeux, encore moins là, alors que la nuit n’était pas encore pleine.
Goliath s’arrêta au sommet, scrutant les prairies. Sa voix tonna, amplifiée par un casque à la visière translucide. « Enfants d’Israël ! Qui osera m’affronter, moi, Goliath, le maître des champs stellaire ? Où est votre champion ? Où est votre roi ? »
Un silence lourd s’abattit. Les moutons, effrayés, s’éloignèrent, laissant David seul, petit, face à cette ombre gigantesque. La peur battait dans ses tempes, mais la chaleur de l’onction coulait encore en lui, comme une étoile réveillée sous sa peau.
Il savait que ce moment était venu. Il sentit la main invisible du Très-Haut poser une pression douce mais ferme sur son épaule. Une voix intime, profonde, vibra dans son cœur : Ne crains rien, car je suis avec toi. Pourtant, la sueur perlait sur son front, la gorge sèche d’angoisse et d’émerveillement mêlés. Goliath avançait, pas à pas, chaque mouvement faisant trembler la terre.
La lumière de son arme projetait des ombres mouvantes, des halos irréels dans la nuit. David serra plus fort sa harpe, puis son bâton. Il savait qu’il était vu, qu’il était appelé à répondre, là, maintenant, devant les étoiles qui semblaient elles-mêmes retenir leur souffle.
Un pas. Deux pas. Goliath s’approchait.
La nuit s’ouvrait devant David, pleine de menaces et de promesses. Bientôt, tout basculerait.
