Myron sentit la main d’Élodie dans la sienne, chaude, hésitante mais réelle. Une fine pluie commençait à tomber sur les pavés, faisant miroiter la lumière des réverbères. Le silence s’étira, ponctué seulement par les échos lointains de la ville qui s’éveillait à la nuit. Pendant un instant, tout sembla suspendu.
Il voulut lui dire plus. Lui expliquer l’ampleur de la menace, les détails techniques, les chiffres froids et les probabilités sinistres. Mais il rencontra son regard, décela une anxiété fragile mêlée à une sorte de confiance brusque, et il comprit qu’il devait rester humain. Il desserra doucement sa prise, sans rompre le contact.
« Je n’ai pas toutes les réponses, » avoua-t-il, la voix plus basse. « Mais si nous restons ici, nous serons repérés. Ils vous cherchent déjà… et ils me traquent, moi aussi. »
Élodie tressaillit. « Qui ça ? Les… extraterrestres ?»
Myron secoua la tête. « Pas encore. Pour l’instant, ce sont des humains, mais ils travaillent pour eux, sans le savoir. Des agents infiltrés, corrompus… Les Sentinelles. Elles patrouillent la ville, cherchant toute anomalie dans la trame du temps. »
Le tonnerre gronda, lointain mais menaçant. Un frisson parcourut l’air, amplifiant la tension qui les entourait. Myron pressa légèrement la main d’Élodie.
« Il faut trouver un abri, » murmura-t-il. « Un endroit où je pourrai vous expliquer sans danger. »
Elle hésita, puis hocha la tête. « Il y a un atelier pas loin, c’est là où je travaille parfois le soir. Il y a une arrière-cour privée, presque personne n’y va à cette heure… »
Myron acquiesça d’un signe rapide. Ils s’engouffrèrent dans une rue latérale, pressant le pas. Dans son dos, un bruit métallique retentit sur le trottoir. Il jeta un regard furtif par-dessus son épaule : une silhouette sombre venait d’apparaître à l’angle, casque de moto dissimulant son visage, un manteau long battant dans le vent. Les Sentinelles avaient flairé leur trace.
Il attira Élodie contre un porche, se colla à elle, respirant son souffle court.
« Restez près de moi, » souffla-t-il. Il sentit le rythme affolé de son cœur contre sa poitrine. Leurs visages n’étaient plus séparés que par le souffle. Myron sentit un trouble vieux de plusieurs années revenir le hanter, brûlant, urgent, alors que la silhouette s’approchait, pas après pas.
Le bruit des bottes résonnait maintenant juste derrière eux. Myron sortit le Chronos d’une poche intérieure, le garda caché sous son manteau. Il se pencha, frôlant la joue d’Élodie, son haleine tiède effleurant sa peau. « Est-ce que la porte de l’atelier est proche ? » La voix était un murmure fébrile, chargé d’une tension électrique.
Elle hocha la tête, les yeux grands ouverts, la bouche entrouverte. Un instant, leurs regards se croisèrent à quelques centimètres l’un de l’autre. Il lut la peur, mais aussi une détermination farouche. Derrière eux, la Sentinelle ralentissait, hésitant à poursuivre dans l’ombre.
Soudain, la pluie se fit plus forte, tambourinant sur les tuiles. La porte de l’atelier était à vingt mètres, cachée dans l’obscurité vivante de la nuit. Myron sentit la main d’Élodie trembler dans la sienne.
Derrière, un déclic métallique retentit : la Sentinelle venait d’armer une arme inconnue. Le temps sembla se figer. Myron savait que leur prochaine décision pouvait changer la trajectoire de l’histoire humaine.
Un éclair zébra le ciel, illuminant la ruelle. La silhouette s’arrêta, scrutant l’obscurité, le canon de son arme brillant sous la pluie.
Myron serra la main d’Élodie, prêt à bondir, à courir — ou à affronter la menace.
Une pluie d’étincelles jaillit soudain du Chronos alors qu’il activait une commande d’urgence. L’air vibra, chargé d’ozone et de tension. La décision était imminente.